Le père qui m’a tout transmis, aujourd’hui c’est moi qui veille sur lui. 1/2 4o mini

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Mon père, autrefois un homme autonome et travailleur, qui parcourait les routes du pays à bord de son camion, cuisinait pour la famille et gérait tout avec une grande maîtrise, a peu à peu perdu la capacité d’accomplir les tâches les plus simples.

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Il y a longtemps, j’ai fait une promesse à mon père—je lui ai juré de tout faire pour le garder à la maison, loin des maisons de retraite. Lorsque sa maladie a commencé il y a quinze ans, cette promesse a été mise à l’épreuve. Et au fil des mois, plus que jamais, elle a été mise à l’épreuve de manière que je n’avais jamais imaginée.

Aujourd’hui, après quinze ans, il est toujours là, avec nous à la maison, et contre toute attente, nous avons réussi à le maintenir auprès de nous.

Je n’ai pas souvent évoqué les changements survenus—pas seulement durant ces quinze années, mais surtout ces six derniers mois. Mon père est passé d’un homme capable de conduire son camion à travers le pays, de faire des semaines de route sans sourciller, à quelqu’un qui me demande, à présent, de l’aider à comprendre comment fonctionner dans une station-service.

Il est passé de celui qui préparait toujours un café frais à quelqu’un qui, de plus en plus souvent, oublie comment en préparer.

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Il est passé de celui qui dirigeait la famille, le chef de maison, à celui qui, désormais, doit être supervisé pour tout ce qui touche à la cuisine, de peur qu’il fasse une erreur.

Il est passé de celui qui passait des tests physiques rigoureux sans difficulté à celui qui lutte pour parcourir 10 mètres sans trébucher.

Il est passé de conducteur infatigable, celui qui nous emmenait partout, à celui qui n’a pas pris le volant depuis des années.

Il est passé de celui qui m’a appris à entretenir chaque détail de son camion, à veiller à la propreté de son chrome, à celui qui ne parvient même plus à laver une assiette correctement.

Il est passé de celui qui entretenait le jardin, tondait la pelouse et s’occupait de tout le travail extérieur, à celui qui ne peut même plus pousser une tondeuse ou utiliser un coupe-bordure. (Heureusement, il m’avait appris tout cela quand j’étais plus jeune.)

Quand j’étais enfant, je rêvais d’un futur où il verrait ses petits-enfants et leur transmettrait tout ce qu’il m’avait appris. Mais la réalité n’a rien à voir avec mes rêves d’antan.

Voici ce qu’est ma réalité aujourd’hui :

Le nourrir.
Le soutenir après chaque chute.
L’aider à prendre sa douche.
Le raser.
Préparer son café.
L’aider à s’habiller.
Lui enfiler ses chaussettes et ses chaussures.
Le suivre chaque jour, en tenant sa ceinture de sécurité.
Signer ses papiers, car il n’en est plus capable.
Lire pour lui de façon à ce qu’il puisse comprendre.
L’accompagner dans ses soins quotidiens.

Certaines journées, c’est vraiment difficile. Très difficile. Parfois, j’ai envie de crier, de pleurer, ou tout simplement de tout lâcher.

Et à travers tout cela, il s’excuse sans cesse pour la situation dans laquelle nous nous trouvons, me remerciant pour ce que je fais.

Mais au fond de moi, j’espère de tout cœur—plus que tout—qu’un jour, il comprendra pleinement : je ferais tout cela encore, encore et encore. Un million de fois. Sans jamais hésiter.

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